Personne ne devrait être contraint de participer à un processus de justice restaurative, mais personne ne devrait non plus être empêché d'y avoir accès. Cela vaut également pour les personnes qui ont participé à des actes terroristes.
À l'occasion du 10e anniversaire des attentats terroristes de Paris en 2015, un débat houleux a éclaté dans les médias autour de l'intention exprimée par Salah Abdeslam de participer à un processus de justice restaurative. Laurent Sourisseau, survivant des attentats de Charlie Hebdo, a été l'un des plus virulents détracteurs de cette idée, estimant qu'elle « cherche à banaliser le terrorisme ».
Nous partageons ici le commentaire d’Antonio Buonatesta, ancien directeur de l’association MEDIANTE, service de justice restaurative en Belgique. Depuis la période des procès de attentats de Paris (2015) et de Bruxelles (2016), ce service facilite encore actuellement des échanges entre victimes et auteurs impliqués directement ou indirectement dans ces attentats.
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Il y a lieu, bien évidemment, de comprendre et de respecter la position de Laurent Sourisseau lorsqu’il exprime son refus de s’inscrire dans ce qu’on désigne ‘un processus ou une mesure de Justice Restaurative’.
Cependant la légitimité de cette position individuelle, par ailleurs en phase avec le caractère nécessairement volontaire de la démarche, ne doit pas conduire à considérer que la Justice restaurative n’est pas adaptée aux victimes de terrorisme.
Ce serait tout d’abord un manque de respect vis-à-vis des nombreuses victimes des attentats de Paris et de Bruxelles qui ont pu exprimer leur volonté d’établir un contact avec des auteurs impliqués dans ces attentats. Cette volonté s’ancre le plus souvent dans l’identification de besoins auxquels le procès ne peut pas répondre. Il s’agit pour elles d’avoir des réponses à des questions bien spécifiques ou de pouvoir exprimer, les yeux dans les yeux, leur vécu sous différentes palettes : souffrance, indignation, colère, incompréhension …
Au bout du chemin, il peut y avoir la perspective d’une meilleure maîtrise, d’une reprise de pourvoir bénéfique après avoir subi une douloureuse situation d’impuissance.
On peut aussi regretter que la Justice restaurative soit identifiée à une sorte de parcours mystique menant à un ‘grand pardon’, réservé à des victimes particulièrement conciliantes vis-à-vis d’auteurs nécessairement empathiques.
Cette mésinformation courante doit peut-être inviter les professionnels à parler de Justice restaurative de manière de plus claire et plus accessible.
Pour les victimes, faut-il nécessairement s’adresser à elles en ces termes : ‘leur appliquer une mesure de justice restaurative’. Alors qu’il s’agit plus simplement de leur offrir un espace de communication pour leur permettre d’évaluer en quoi un échange avec un ou des auteurs pourrait leur être bénéfique.
Au terme d’entretiens préparatoires, elles pourront disposer des éléments pour décider elles-mêmes si l’autre partie est en capacité de répondre à leurs attentes spécifiques, et ce, indépendamment de son profil ou de ses intentions supposées.
Il n’y a donc pas lieu de leur ôter ce droit.